Tant que ça marche...
(Matador, collage perso années 90 *)
Pour les 20 ans : De Profil, on revient naturellement sur deux décennies de Pop Up Culture, et leurs rendez-vous incontournables, indispensables, impératifs aux yeux de certains, et subjonctifs, imparfaits voire conditionnels passés aux yeux des autres. Vingt ans après, que reste-il de Cannes? Voici quelques éléments de non réponse...
El Mata d'or :
Interrogée à la sortie de Autofiction de Almodovar, une spectatrice s'exclame :
- Quand on a plus rien à dire, il vaut mieux faire autre chose!
Le couperet tombe sur la nuque de Pedro, mais sa tête, bizarrement reste en place et ne roule pas sur le tapis déjà ensanglanté des marches du Palais des Festivals.
Du sang, de l'encre et de la salive, ce sont des litres qui ont déferlé en cascade pendant les deux décades écoulées au plus prestipopulaire festival du monde.
Car si à la Mostra de Venise, à la Berlinale ou au "Festival du court mais interminable" de Casmoipaslaic , on parle avant tout de cinéma, à Cannes, on essaie de parler de cinéma au milieu de tout le reste.
Et le reste c'est : Les stars à la chaîne, les photographes mateurs, les chasseurs d'autographes professionnels, les dîners de gala caritatifs à millions, les sponsors plus ou moins glamoureux, les fashion faux pas, les seins qui dépassent, les voleurs de montres de luxe, les soirées plus ou moins officielles, et au milieu de tout ça, les jurés piégés qui comprennent qu'ils doivent aller dormir tôt ce soir pour pas rater la séance de 7h18', où on projette "Le Silence des Mouettes", documentaire muet en noir et gris de Bjorn Tobey Alive.
Sur : De Profil, c'est donc cette étrange cérémonie en talons aiguilles dans la cité de la peur, cette quinzaine des rêveurs en costumes d'empereurs sur les marches, cette anatomie d'une chute de cheveux synthétiques sur moquette éphémère, qu'on observe de loin depuis vingt ans, à défaut d'y être.
En 2011, Julie Depardieu l'avait très justement résumé en une phrase : Cannes, si t'as rien à y faire, mieux vaut pas s'y rendre.
Personnellement, j'avais quelque chose à y faire en 2003 et rien à y faire en 2004.
2003 : Tournages la journée sur la Croisette pour être en direct sur Canal tous les soirs, où j'ai vu tout le monde et notamment Alicia Keys, sa mère et sa soeur, invité à la soirée Almodovar, où j'ai croisé toutes ses actrices, invité à la soirée Kill Bill II, où j'ai croisé Uma, Quentin, et un peu trop de monde, invité à la soirée Canal où je ne veux pas en dire +, montée des marches pour Shrek 2 (que j'ai même pas vu) avec toute l'équipe de 20h10 pétantes.
2004 : Avec Simone ( le prénom a été changé), invités par Canal + toujours, à rien faire pendant deux jours si ce n'est profiter du soleil, sortir, boire, manger, danser, et pis c'est tout.
Je n'y suis jamais retourné depuis.
Red is dead :
Alors quoi de neuf cette année? Un scandale? Une polémique?
Si ça fait longtemps que sur : De Profil, on défend le port de la jupe pour homme, en 2026, Artus a encore une fois fais les frais de la bêtise 0.0. Il faut dire qu'en vingt ans, celle-ci prolifère impunément sur les réseaux soucieux de tout, véhiculée par des poids lourds d'ignorance, expert en tout sauf de leur propre vide affectif. Non mais sérieusement, Highlander était un défenseur du wokisme? Et si la nudité est prohibée sur le tapis rouge depuis l'an dernier, certaines, à l'instar de Virginie Efira en Saint Laurent, ont bravé l'interdit des robes courtes , contre les idées courtes.
La tenue loupée de l'année est celle de Ruth Wilson en Dior, qui a finalement préféré lui filer des chutes de tissu d'ameublement, rehaussés de plumes/franges récupérés au rayon arts and crafts du BHV (à l'époque où il y en avait encore un, bien sûr).
Tandis que revoilà la sous-préfète...
La polémique autour de Canal + (un des financements principaux du cinéma français) détenu par Bolloré a rythmé toute la quinzaine, entre tribune et ses signataires, échanges de petites phrases sanguinaires, blacklisting et assignation pour discrimination.
Mais rien à voir avec l'époque Lars Von Trier, habitué du festival et abonné au scandale, qui après avoir été interdit de Croisette en 2011, avait récidivé en 2018 avec son film "The House that Jack Built", qu'on pourrait traduire par " La petite mutilation dans la prairie", provoquant hauts le coeurs et sorties en fanfare. Le danois palmé n'a d'ailleurs plus sorti de film depuis, son prochain objet cinématographie est plus sobrement intitulé : After.
Happy End?
Et le palmarès alors? À l'heure où j'écris ces lignes, on l'ignore encore, mais chacun se prend à rêver d'une palme française, ou belge (on est meilleurs qu'à l'Eurovision). On se demande qui a reçu le fameux coup de fil : Il faut que tu descendes, il se passe quelque chose!
Heureusement, le hasard fait bien les choses : Tous ont traîné dans le coin, les uns au Pierre & Vacances de la Bocca, et les autres à Saint Tropez (dix minutes à vol d'hélico).
Et les rumeurs vont bon train bleu :
Quoi? Durant l'ultime délibération, Park Chan Wook a tiré les cheveux de Demi Moore? Qui l'a mordu aussitôt? Laura Wandel s'est interposé et s'est pris la palme entre les deux yeux? Elle est tombée sur Stellan Skasgard qui a dévalé les marches du palais? Et personne, personne n'a pensé à filmer la scène?
Le suspense est donc intense à quelques heures de la cérémonie de clôture. Presque aussi haletant que la bande annonce de Masters of the Universe, dont on se demande s'il va repousser les limites du navet jusque dans les confins de l'espace.
Et après ça, il y en a qui osent dire qu'Almodovar devrait raccrocher sa caméra. Dans quel monde vit-on, ma pauvre dame...
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(*) Collage publié pour l'article Cannes 17 : Festival au bord de la crise de nerfs.
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